Impasse agricole – Loi Urgence Agricole – Duplomb – COMPRENDRE et AGIR !

 

COMPRENDRE

INTERVIEW. « On ne pourra pas dire qu’on ne savait pas » : Marc-André Selosse alerte sur l’impasse agricole

  Face à la crise qui secoue le monde agricole, en partie due à la canicule et la sécheresse, Marc-André Selosse affirme que des solutions existent... à condition d'écouter la science.
Face à la crise qui secoue le monde agricole, en partie due à la canicule et la sécheresse, Marc-André Selosse affirme que des solutions existent… à condition d’écouter la science. © Jean-Marc Selosse

Alors que les vagues de chaleur mettent à genoux les exploitations françaises, le biologiste Marc-André Selosse, professeur au Muséum national d’histoire naturelle, oscille entre compassion pour les agriculteurs et colère face à un désastre annoncé. Pour ce spécialiste des sols et de la biodiversité, les crises agricole, climatique et écologique n’en font plus qu’une.

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Professeur au Muséum national d’histoire naturelle, biologiste reconnu pour ses travaux sur les sols et la biodiversité, Marc-André Selosse estime que les crises agricole, climatique et écologique ne font désormais plus qu’une. Alors que les canicules fragilisent les exploitations françaises, il juge que les difficultés actuelles étaient largement prévisibles et que les solutions existent déjà. À condition, dit-il, d’accepter enfin d’écouter la science.

France 3 Occitanie : Le monde agricole traverse une nouvelle crise avec cette canicule. Quel regard portez-vous sur la situation ?

Marc-André Selosse : Aujourd’hui, l’agriculture subit plusieurs crises en même temps. Il y a la chaleur et le manque d’eau, bien sûr, mais aussi la hausse du prix des engrais, qui dépend directement du gaz. Ces difficultés arrivent dans un secteur où les revenus étaient déjà dramatiquement faibles : près de 43 % des agriculteurs ne gagnent même pas le SMIC alors qu’ils travaillent bien davantage que quarante heures par semaine.

Je suis profondément touché par cette situation, parce que j’ai toujours essayé de mettre la biologie au service de l’agriculture. Mais si je fais un pas de côté, il faut aussi dire une chose : cette catastrophe était annoncée. Les changements climatiques, les tensions sur les ressources, tout cela avait été décrit par la science. Le drame, c’est que ceux qui souffrent aujourd’hui sont aussi les victimes d’un monde qui n’a pas voulu écouter ce que la science disait depuis des décennies.

France 3 Occitanie : Vous avez le sentiment que les politiques persistent dans les mauvaises réponses ?

Marc-André Selosse : Oui. Regardez les retenues d’eau. Creuser des trous pour stocker de l’eau, c’est un peu comme les autruches qui mettent la tête dans le sable lorsqu’il y a un problème. Cela peut répondre à une partie de la question, mais quid de la température ? Le vrai sujet est ailleurs. Il faut remettre de la matière organique dans les sols pour qu’ils retiennent davantage d’eau. Il faut restaurer leur vie biologique. Il faut aussi adapter les cultures. Je suis désolé de le dire, mais dans certains territoires le maïs n’a plus sa place. Peut-être faudra-t-il du sorgho, peut-être d’autres cultures. Ce n’est pas de l’idéologie. C’est simplement la réalité climatique. Si nous avions commencé cette transition plus tôt, nous n’en serions probablement pas là.

France 3 Occitanie : La crise est aussi celle de la biodiversité ?

Marc-André Selosse : Oui, et c’est même une partie de la solution. Deux pratiques agricoles détruisent massivement le vivant : le labour intensif et les pesticides. Nous le savons parce que des agriculteurs expérimentent autre chose. Ceux qui abandonnent le labour voient la biomasse des sols augmenter d’environ 20 %. En agriculture biologique, on retrouve environ 50 % de biomasse supplémentaire et près de 30 % d’espèces en plus. Autrement dit, nous avons déjà la démonstration que d’autres modèles fonctionnent.

France 3 Occitanie : Pourquoi la biodiversité est-elle si importante pour les agriculteurs ?

Marc-André Selosse : Parce qu’elle travaille gratuitement. Quand les pesticides ou le labour détruisent les organismes du sol, ils détruisent aussi des champignons microscopiques qui aident les racines à se nourrir. Sans eux, il faut davantage d’engrais. Ils détruisent aussi des pollinisateurs. Aujourd’hui, selon les estimations, entre 30 et 50 % des productions agricoles sont limitées par leur disparition. Dans certaines cultures, comme le cassis, la présence d’osmies peut multiplier les rendements.

Prenons aussi les chauves-souris. Aux États-Unis, leur disparition a conduit à augmenter d’environ 30 % l’utilisation des pesticides dans certaines régions. Autrement dit, on paie pour remplacer un travail que la nature faisait gratuitement. Cette hausse des pesticides s’est même accompagnée d’une augmentation de la mortalité infantile. Tout cela raconte la même histoire : chaque fois que nous détruisons la biodiversité, nous augmentons le coût de notre agriculture. La biodiversité n’est pas un supplément d’âme. C’est un capital économique.

France 3 Occitanie : Vous paraissez partagé entre compassion et colère.

Marc-André Selosse : Je suis partagé entre l’envie de pleurer parce que je vois la souffrance des agriculteurs et l’envie de pleurer parce que cette situation était prévisible. Nous disposons de solutions. Elles existent dans les fermes de démonstration de l’Inrae, dans l’agriculture biologique, dans l’agriculture de régénération des sols. Elles montrent qu’il est possible de réduire les intrants tout en restaurant les sols. Pourquoi continue-t-on alors à défendre des modèles dont nous savons qu’ils aggravent les problèmes ?

France 3 Occitanie : Les nouvelles techniques génomiques (NTG) sont souvent présentées comme une réponse au changement climatique. Vous n’y croyez pas ?

Marc-André Selosse : Pour moi, les NTG sont des OGM. La première embrouille consiste à changer de nom pour faire oublier l’histoire des OGM. La seconde est de supprimer l’étiquetage. Le citoyen ne saura plus ce qu’il achète. Je trouve cela profondément anormal. On nous avait promis que les OGM réduiraient les pesticides et qu’ils régleraient la faim dans le monde. Or les pays qui les utilisent massivement montrent exactement l’inverse. La faim n’a pas disparu. Les pesticides non plus. Certaines plantes résistantes aux herbicides ont même conduit à en utiliser davantage. Ces semences coûtent aussi plus cher et concentrent le marché entre quelques grands groupes. Ce n’est ni une solution écologique ni une solution économique pour les agriculteurs.

France 3 Occitanie : Le climat est-il désormais un sujet politique plus que scientifique ? Christophe Cassou disait récemment qu’il fallait « politiser » cette crise. Partagez-vous son analyse ?

Marc-André Selosse : Oui, complètement. Mais il faut comprendre le mot « politiser » dans son sens premier, celui de la polis, de la cité. Ces questions concernent toute la société. Moi, je serais très heureux de passer mes journées à identifier des champignons. Si je parle aujourd’hui des pesticides, des sols ou du climat, ce n’est pas parce que cela m’amuse. C’est parce que ces connaissances sont utiles aux citoyens.

Si la société ne s’en empare pas, si les responsables politiques ne prennent pas leurs responsabilités, alors mon travail ne sert à rien. Les impôts qui financent la recherche ne servent à rien. Nous savons déjà ce qui se passe. Nous savons déjà ce qu’il faudrait faire. La question n’est plus scientifique. Elle est devenue profondément politique.

Tribune de scientifiques et sociétés savantes de médecine, parue dans Le Monde ce 29 juin 2026

https://pig.log.bzh/2026/06/29/tribune-contre-la-re-introduction-de-lacetamipride-et-de-la-flupyradifurone/

AGIR

Avec les signataires de la tribune du Monde (dont le Conseil National de l’Ordre des Médecins et 16 sociétés savantes médicale)

La loi d’urgence agricole est ressortie de la Commission Mixte Paritaire dans une version hardcore, avec notamment la réintroduction de l’acétamipride et de la flupyradifurone…

Les signataires de la tribune réagissent  à la décision de la Commission Mixte Paritaire et enjoignent les député.e.s à voter contre le texte qui sera proposé à l’Assemblée Nationale ce 20 juillet.

« Peut-être que les députés hésiteront à voter une loi aussi inflammable, c’est pourquoi j’ai entrepris d’écrire à tous les députés du centre et de la droite le mail ci-dessous, qui leur rappelle les propos de notre tribune… »

Pr Pierre SUJOBERT /PU-PH /Responsable de l’unité médicale Hématologie Cellulaire du Service d’hématologie biologique des Hospices Civils de Lyon.

LBMMS du CHU de Lyon /Service d’hématologie biologique/Hôpital Lyon Sud/CBPS – Bâtiment 3D/165 chemin du Grand Revoyet /69495 Pierre Bénite Cedex / Tél. +33 (0)478861176 Mob. +33 (0)6 64 77 59 1

Equipe Lymphoma Immuno-biology/Centre International de recherche en Infectiologie/Faculté de médecine Lyon Sud Charles Mérieux/165, Chemin du grand Revoyet- BP 12/69921 OULLINS Cedex – France/Tél : +33 (0)4 26 23 59 79

Email à envoyer à votre député.e
Annuaire des députés – 17è législature(Notons que les Ecologistes et LFI rejettent déjà le texte)

"Monsieur/ Madame le/la Député.e XXX

Vous devrez vous prononcer lundi prochain sur la loi d'urgence agricole dans sa version issue de la commission mixte paritaire. Cette loi vise à répondre aux difficultés du monde agricole, et cela est nécessaire tant les difficultés de nos compatriotes agriculteurs sont grandes : revenus insuffisants, difficultés liées au changement climatique, taux de suicides élevés, etc.

Mais la loi sur laquelle vous devrez vous prononcer répond-elle à ces enjeux ?
En notre qualité de médecins, nous ne nous prononcerons que sur l'un des aspects de cette loi : la réintroduction de l'acétamipride et de la flupyradifurone. Dans une  tribune publiée le 29 juin dernier dans Le Monde, signée notamment par le Conseil National de l'Ordre des Médecins et par 16 sociétés savantes médicales, nous avons expliqué pourquoi cela était problématique. Ces molécules de la famille des néonicotinoïdes sont neurotoxiques, puisque c'est leur mécanisme d'action. Le problème, c'est qu'elles ne le sont pas que pour les insectes ravageurs, mais aussi pour les pollinisateurs, la faune sauvage, et... les humains. On les retrouve dans tous les liquides biologiques testés (sang, urines, sperme, liquide céphalo rachidien). Quels sont les effets pour la santé humaine ? Les données disponibles pointent en premier lieu des effets sur le développement du cerveau. L'exposition maternelle à l'acétamipride est associée à un périmètre crânien diminué à la naissance, et à des troubles du comportement (hyperactivité) chez l'enfant de 3 à 6 ans. L'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a constaté que « la plausibilité biologique de la neurotoxicité développementale est élevée » et attend toujours de plus amples études sur le neurodéveloppement qu’elle a demandé en 2014. Au-delà du système nerveux, l'acétamipride est dangereux pour le système reproducteur : l'exposition est associée à une diminution du nombre d'ovocytes et de spermatozoïdes, à des retards de croissance intra-utérine  (rappelons que cette molécule traverse la barrière placentaire). Enfin, de plus en plus de travaux suggèrent un effet perturbateur endocrinien de son métabolite. Vous trouverez la liste des signataires de cette tribune  ici.

Peut-être avez-vous lu ou entendu les propos rassuristes de quelques personnalités isolées, qui publient sur les réseaux sociaux plutôt que dans des journaux à comité de lecture un avis contraire au consensus scientifique. Ces discours sont ceux de la fabrique du doute, bien rodés par l'industrie du tabac, qui visent à vous plonger dans le confort de l'ignorance.

Monsieur le Député, nous vous implorons de respecter les connaissances scientifiques et les enjeux de santé publique. Nous vous implorons de démontrer que dans notre pays, la politique marche encore main dans la main avec la science, pour le bien de tous. Mesurez également le poids politique de votre vote, que vous devrez assumer devant les 2 millions d'électeurs ayant signé la pétition historique contre la loi Duplomb.

Si vous le souhaitez, je peux me rendre disponible ce week-end pour vous expliquer plus précisément les données scientifiques qui justifient notre préoccupation, et qui doivent occuper un poids décisif dans votre décision. Comptant sur votre responsabilité, au nom de la défense de l'intérêt supérieur de la santé publique, je vous prie d'agréer, Monsieur le Député, l'expression de mes sentiments les meilleurs.

"

Agir avec Générations Futures

Les résultats de la Commission Mixte Paritaire sont tombés, jeudi 16 juillet, sinistres.
🚨Hier, la CMP a validé le pire. Demain, on se mobilise.

Les 14 parlementaires réunis en commission mixte paritaire ont acté :
🐝 le retour de deux pesticides interdits, l’acétamipride et le flupyradifurone
💧 une gouvernance de l’eau taillée pour l’agro-industrie, avec moins de sièges pour les autres usagers dans les commissions locales de l’eau

Ce texte doit encore passer devant l’Assemblée nationale le 20 juillet. Rien n’est joué.
📣 Ce week-end, on se mobilise partout en France.
📍 Lundi, 18h, rendez-vous au métro Invalides près l’Assemblée nationale à Paris.

https://www.generations-futures.fr/actualites/loi-urgence-agricole-cmp/

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Toutes les infos et actions sont sur ce lien : https://linktr.ee/loiduplomb

 

La marrante, elle résiste !